C’était un mercredi des Cendres, le 14 février 1945. Il faisait un froid de canard : environ 30° sous zéro. À cette époque, notre père Léo Dubé, travaillait au moulin de Raoul Landry. Comme les moyens de transport étaient assez limités dans ces années-là, les gens du village voyageaient soit à pied, soit à bicyclette, soit en traîneaux à chiens. Quant à Léo, c’était le traîneau à chien. Le moulin étant situé à proximité de la voie ferrée, il empruntait ce chemin qui était beaucoup plus court, et surtout toujours déblayé. Or, ce fameux 14 février, bien emmitouflé, la tête et les oreilles toutes bien couvertes, il décida avec un copain du moulin, Monsieur Dieudonné Daudelin de faire une gageure, à savoir qui serait le premier arrivé. Alors notre père emprunta la voie ferrée, selon lui la plus rapide. Il n’a jamais entendu le criard du train »le Rapide » qui se dirigeait à Edmundston, N.B., ni son copain qui lui criait de redescendre de la voie ferrée.
Le destin a voulu que la charrue du train le projette sur l’épaulement de la voie ferrée assez loin dans le champ de M. Joseph Beaulieu ; ce ne fut pas le cas pour le pauvre chien et le traîneau qui furent réduits en morceaux.
Ce fut malheureusement en tombant qu’il s’est infligé de nombreuses fractures. Son compagnon de travail qui le suivait a vite alerté un voisin, Monsieur Philippe Girard, qui s’est empressé d’atteler son cheval. Il fut reconduit au bureau du Docteur Lévesque. Voyant la gravité de l’accident, le docteur lui administra un analgésique et le transféra à l’hôpital de Saint-Basile, N.B. La médecine n’étant pas aussi développée qu’aujourd’hui, il se présenta bien des complications. Il dut subir plusieurs opérations plus ou moins fructueuses.
Cet accident a changé complètement la vie de notre père. À quarante-et-un an, il était invalide. Il avait une jambe plus courte et il a dû se déplacer en béquilles.
En terminant, je dirais qu’il a été chanceux de survivre à cet accident, même avec son handicap. Laissez-moi vous dire qu’il n’a jamais plus voyagé en traîneau à chien !
Le jaseur des rivières
( Nicole Dubé)

