Parc Arthur-Lepage

Monsieur Lepage est né à Rivière-Bleue le 7 mars 1916. C’est donc un Riverain de la première heure.

Ses parents, Clara Dionne et Jean-Baptiste (Johnny) Lepage, s’étaient fixés à Rivière-Bleue  au début des années 1910, un village à peine sorti des forêts, ce qui n’était pas pour effaroucher Johnny après tous ses déménagements dont un séjour aux États-Unis.

Arthur est le quatrième enfant de la famille. Au décès de son père, c’est à lui que revient la responsabilité de la ferme familiale et la charge de subvenir au besoin des plus jeunes. Il épouse, en 1939, Mabel Gosselin, née elle aussi à Rivière-Bleue (1921); ils seront les heureux parents de 9 enfants. Ce vaillant couple de Riverains accompagnera notre village sur près de  100 ans.

Agriculteur à ses débuts, monsieur Lepage sera aussi mécanicien, opérateur et réparateur de machineries lourdes – bon nombre de terres agricoles ont été drainées par ses soins -, menuisier et «patenteux» à ses heures.

De confession évangélique baptiste, monsieur Lepage s’est  dévoué pour la communauté et la chapelle du Pied-du-lac. Il s’est aussi beaucoup investi dans la vie sociale de Rivière-Bleue : conseiller municipal (1964-67), président du service municipal des loisirs (1971-73), président de la Chambre de commerce (1973). Amateur de hockey et préoccupé de loisirs pour les jeunes, il travaillera à la préparation du terrain sur lequel sera érigé l’aréna.

Finalement, fidèle à son engagement citoyen, il fera don, en 1979, d’un terrain à l’entrée nord du village pour servir de parc municipal; il travaillera à son aménagement avec l’aide du club 4 H. Ce parc est devenu un lieu d’accueil pour les voyageurs, pour les campeurs, et surtout pour les réunions champêtres des familles.

En 2012, en hommage et reconnaissance à ce généreux Riverain, la municipalité a nommé le parc municipal : Parc Arthur-Lepage

(Laurette Beaulieu)

Ce texte provient de la série « Et si on parlait de toponymie… » publiée dans le Journal Entre Deux Lacs. Elle permet de savoir qui sont ces personnalités dont les noms ont été donnés aux parcs, aux bâtiments, aux rues et aux cantons.

Salle Wilfrid-Gauthier

Joseph-Wilfrid Gauthier est né à Sainte-Marthe de Gaspé en 1880. Ordonné prêtre en mai 1910, il sera d’abord vicaire dans des paroisses de l’évêché de Rimouski. En 1913 il est nommé desservant à Rivière-Bleue.  Rivière-Bleue n’est alors ni une municipalité, ni une paroisse.

Le 14 octobre 1914 a lieu l’érection canonique de notre paroisse  et l’abbé Gauthier en devient le curé. Il voit à l’organisation religieuse de cette paroisse nouvelle et il fait construire une première église en remplacement de l’école-chapelle. Puis, l’augmentation de la population le justifiant (elle passe en trois ans de 400 à 1200 habitants suite à l’arrivée  du National Transcontinental Railway et de la scierie Blue River Lumber), il entreprend la construction de l’église actuelle.

En janvier 1920, malade, l’abbé Gauthier doit renoncer à la cure de Rivière-Bleue. Il décédera en 1946.

Notre paroisse a été mise sous la protection de Saint-Joseph. Certaines sources disent que c’est en l’honneur de ce premier curé, d’autres que c’est en l’honneur du premier colon à faire souche : Joseph Nadeau. Pourquoi ne serait-ce pas en l’honneur de ces deux hommes de mérite ?

En 1989, un comité décide d’aménager le jubé laissé disponible par la relocalisation de l’orgue en un musée où seraient présentés des souvenirs de notre histoire religieuse et scolaire. Prête pour le 75e  de Rivière-Bleue, cette exposition s’est enrichie par la suite de plus de 500 photos anciennes, collection réalisée par Gilka Théberge et Nicole Dubé.

En souvenir de ce premier curé de Rivière-Bleue qui a laissé par l’église son empreinte physique dans notre localité, on nomma l’ancien jubé «Salle Wilfrid-Gauthier»

Cette salle n’est plus utilisée aujourd’hui mais de nombreux artefacts religieux et scolaires de ce musée se retrouvent à La Vieille Gare. Grâce à ce prêt généreux de la Fabrique ils constituent un élément important de l’exposition La petite histoire de Rivière-Bleue.

(Laurette Beaulieu)

Ce texte provient de la série « Et si on parlait de toponymie… » publiée dans le Journal Entre Deux Lacs. Elle permet de savoir qui sont ces personnalités dont les noms ont été donnés aux parcs, aux bâtiments, aux rues et aux cantons.

L’agronome Bilodeau

Ah ! Les patates ! Saviez-vous qu’à l’automne 1943, 20 chars de patates furent expédiés sur le grand marché de Montréal ? Ceci dû à l’initiative de l’agronome Josaphat Bilodeau. Ayant remarqué que certaines terres sableuses étaient intéressantes pour cette culture, l’agronome développa avec les agriculteurs des champs de culture à Rivière-Bleue, Sully, Estcourt et Les Étroits. Malheureusement cette culture tomba en oubli et il ne resta que l’agriculteur Joseph Beaulieu pour la poursuivre jusqu’à la fin des années 50. Six arpents de long, trois arpents de large d’une belle  »Montagne verte », blanche et fleurie à souhait.

Revenons à Monsieur Bilodeau. Notre curé Belzile, ancien directeur de l’École Moyenne d’Agriculture de Rimouski, mena une étude sur l’état de l’agriculture dans notre paroisse et dans les paroisses avoisinantes. Soutenu par le maire Alphonse Beaulieu, il soumit un plan de rénovation agricole au Ministère qui l’accepta. Mais pour le mener à bien il lui fallait un agronome. C’est ainsi que Josaphat Bilodeau, jeune agronome de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, vient s’installer à Rivière-Bleue, en 1934, au 36 Saint-Joseph Sud. Études des sols, épandage de chaux et d’engrais,
démonstration de machinerie , journées agricoles d’où naîtront le Cercle agricole, la Beurrerie
coopérative, le Cercle des jeunes agriculteurs et l’UCC (1941), culture de la pomme de terre, et jardins communautaires : ce fut l’âge d’or de l’agriculture à Rivière-Bleue et dans la région.

Une région que l’abbé Talbot, alors curé de St-Antonin, visita dans les années 1860 à la demande de familles voulant s’y établir. Il y rencontra les Morrison et les Nadeau nouvellement arrivés. Dans son rapport au ministre, il écrit : « J’ai visité durant quatre jours, les terres situées entre les dits lacs (Pohénégamook et Beau Lac). Les environs de la Rivière-St-François et de la rivière-Bleue ; j’ai parcouru cette dernière jusqu’à dix milles de son embouchure, et je puis vous assurer avec toute la sincérité que vous devez attendre de moi, qu’il n’y a peut-être pas, dans le Bas-Canada de terres plus avantageuses ».

Mais c’est la forêt qui créera notre région. Quant à la pomme de terre, c’est au Maine que cela se passera. Et là, c’est une autre histoire : celle des familles qui partaient chaque automne aux États pour ramasser les patates. J’aimerais bien vous en jaser. Alors, si vous êtes de ces familles, contactez-moi que l’on cause et puis que je raconte.

Le jaseur des rivières
(Laurette Beaulieu)

Les premiers temps

Les pionniers

À l’époque où il n’y a pas encore de route, la région est très peu habitée. Quelques squatters américains, attirés par le gibier et la forêt, occupent des terres à l’embouchure de la rivière Bleue.

En 1858, John Morrison, originaire du Nouveau-Brunswick et d’ascendance écossaise, s’installe près du Beau Lac sur un lot qui deviendra le lot 18 du Rang I. Lorsqu’en 1864, l’arpenteur Joseph Duval arpentera le territoire. Celui-ci précise : « Mr Morrison est logé sur le lot 18 ; il pense qu’il a environ 45 acres qui sont en état de culture; sur ces 45 acres, 12 sont sur le lot 19. » Le recensement de 1871 mentionne qu’il est marié à Angélique Levasseur et qu’ils ont 6 enfants ; certains de ces enfants avaient pour mère, la première épouse de John, Margaret Morton qui est décédée au Beau Lac. Le recensement de 1881 précise qu’ils ont 10 enfants. En 1883, il demeure encore au Beau Lac lorsqu’un groupe de botanistes du Nouveau-Brunswick le croise. Un de ceux-ci écrit : « M. Morrison avait défriché une belle étendue de terre à la tête du Beau lac se constituant par son patient labeur et sa persévérance une belle propriété en ce lieu isolé. » Une pierre tombale de Connors indique que Morrison est décédé le 6 septembre 1885. Ce décès a probablement été l’occasion pour les membres de la famille Morrison de quitter Rivière-Bleue pour s’établir par la suite dans la région de St-Francis dans le Maine où on retrouve leurs traces dans le recensement américain de 1900.

Vers 1860, c’est au tour de Joseph Nadeau et de sa famille, originaires du Madawaska, de bâtir maison sur le lot 9 du Rang I, le long de la rivière Saint-François. L’arpenteur Duval note lors de son arpentage du Rang I en 1864 : « Il y a eu un abattis entre ces deux lots (9 et 10). Joseph Nadeau est bâti sur le lot 9. Il a fait sur ces lots environ 36 acres presque tous en état de culture ; il vit à son aise et est très satisfait de la qualité de sa terre. »

Joseph Nadeau est né en 1831 sur la rive droite de la rivière Saint-Jean qui deviendra juridiction américaine par le traité Webster-Ashburton en 1843 ; il est donc américain. Dans le recensement de 1901, il mentionne avoir émigré des États-Unis en 1862 et avoir été naturalisé canadien en 1878. Sa femme, Christine Cyr, est née au Nouveau-Brunswick en 1839. Au recensement canadien de 1881, ils ont alors 8 enfants.

Christine, l’épouse de Joseph, décède en 1905 alors que celui-ci meurt en 1908 à l’âge de 77 ans.

Joseph Nadeau et Christine Cyr

Joseph Nadeau et Christine Cyr

Alors que la famille Morrison a quitté Rivière-Bleue après y être demeurée plus de 25 ans, celle de Joseph Nadeau y prendra souche et nombre de ses descendants sont encore citoyens de Rivière-Bleue.

En 1881, 55 personnes sont déjà installées dans le secteur de la rivière Bleue. En 1887, l’ouverture de la route entre Notre-Dame-du-Lac et Saint-Eusèbe marque une première phase de croissance démographique. De nouveaux habitants arrivent cette fois du Témiscouata.

Le chemin de fer, moteur de développement

À partir de 1908, Rivière-Bleue connaît un second essor. Le prolongement de la route, entre Saint-Alexandre et Saint-Éleuthère jusqu’à Rivière-Bleue, ouvre une nouvelle voie de communication. Jusqu’en 1914, la construction du chemin de fer du Transcontinental attire de nombreux travailleurs ferroviaires. Ils sont plus de 500 à la fin de 1908.

Le train contribue à sortir la région de son isolement. Le village se développe au fur et à mesure que les nouveaux habitants arrivent. Ils sont attirés par les terres neuves à défricher et par les forêts vierges à exploiter.

Les familles s’installent

En 1913, la Blue River Lumber Co. Ltd. s’établit à Rivière-Bleue, à la jonction des rivières Bleue et Saint-François, des rivières à drave. Le moulin est l’un des plus importants du Témiscouata.

Des travailleurs de la Nouvelle-Angleterre, du Nouveau-Brunswick, de Kamouraska et du Témiscouata s’installent à Rivière-Bleue. Ils participent aux opérations forestières et au sciage. En 1914, on compte 53 nouvelles familles, 44 en 1915 et 60 en 1916.

Entre 1913 et 1916, la population passe de 400 à 1 200 Riverains.

Joseph Héroux

De Saint-Joseph-de-la-Rivière-Bleue à Rivière-Bleue

La municipalité de Saint-Joseph-de-la-Rivière-Bleue reçoit ses lettres patentes le 18 mai 1914. Le premier conseil siège le 28 décembre sous la présidence du maire Joseph Héroux.

L’érection canonique de la paroisse a lieu le 14 octobre de la même année et l’abbé Wilfrid Gauthier en devient le premier curé.

L’organisation civile progresse rapidement. Le service des postes, dès le début, les trottoirs de bois (1917), le téléphone (1920), l’aqueduc (1928), l’électrification (1945), le service incendie (1947) et le réseau d’égout (1953) témoignent du dynamisme de la communauté.

La vie sociale et culturelle n’est pas négligée. La salle paroissiale est érigée en 1923. Le cinéma muet, les troupes de théâtre, tant locale que métropolitaines, les combats de boxe et les soirées d’amateur font le bonheur des Riverains.

En 1920, des résidents demandent au gouvernement que le village et les rangs (paroisse) deviennent deux municipalités distinctes en raison de leurs besoins respectifs. Le 11 novembre 1920, la requête est acceptée. Cinquante-cinq années plus tard, les rangs s’étant largement dépeuplés, le mouvement s’inverse et les deux entités fusionnent le 30 avril 1975.

Le patronyme de Saint-Joseph a été choisi en hommage à Joseph Nadeau, le premier habitant.

Arthur Aubut, agent de station (1915 – 1935) et Emma Chassé

Arthur Aubut, agent de station de 1915 à 1935 et Emma Chassé

Arthur Aubut, chef de gare de 1915 à 1935, Emma Chassé et leurs enfants

Arthur est né à Sainte-Anne-de-la-Pocatière le 1er novembre 1875.  Emma est née à Saint-David-de-Madawaska le 20 septembre 1880.  Ils s’épousèrent le 22 juin 1903 à Edmundston.  Arthur Aubut était à l’emploi de C.N.R. comme chef de gare.  Il a travaillé à différents endroits avant de venir s’installer à Tarte situé à un mille du village de Rivière-Bleue, en 1915, alors qu’avait commencé la construction du chemin de fer Transcontinental. L’activité commerciale était très intense à cette époque avec le moulin de la Cie « Blue River Lumber »; le chemin de fer étant la principale voie d’accès pour le transport des marchandises.  Six mois après leur arrivée à Tarte, la gare fut déménagée à Rivière-Bleue et la famille suivit naturellement.  À ce moment, les six enfants qui formaient la famille Aubut étaient déjà nés : Rinaud, Géraldine, Gérard, Louis-Philippe, Joseph et Paul.  Ce dernier a vu le jour pendant leur séjour à Tarte.  En même temps, la famille perdait un de ses membres : Gérard, décédé à l’âge de huit ans.

Arthur Aubut a occupé le poste de chef de gare à Rivière-Bleue pendant vingt ans, soit jusqu’en 1935.  À son départ, tous les enfants l’ont suivi, sauf Géraldine qui a habité Rivière-Bleue jusqu’en 1984.

Pour la famille Aubut, Rivière-Bleue a toujours été un lieu de rassemblement pour les vacances et les occasions spéciales comme les mémorables parties de chasse et de pêche avec les « gais lurons » de l’endroit.  Arthur et Emma sont venus passer la fin de leur vie à Rivière-Bleue.  Ils reposent dans le cimetière de l’endroit, lui, depuis le 31 mai 1957, elle, depuis le 15 avril 1973.

Source : le livre du 75e anniversaire de Rivière-Bleue