Le café Tino
Le Café Tino a vu le jour en mai 1947 à la résidence de la famille de Georges-Étienne Gagnon et Rosa Caron. Jeanne d’Arc « Tino » Gagnon avait 22 ans, Tino était le surnom que son père lui avait donné ; ses sœurs et ses frères avaient eux aussi reçu chacun leur surnom.
Tino, sa mère Rosa et ses jeunes sœurs Pauline et Georgette servaient des repas pour les commis voyageurs et de la crème glacée, chose rare à cette époque. Tino avait installé devant le petit café des tables que son frère Marcel avait fabriquées et peintes en rouge. Les jeunes du coin aimaient se rassembler pour écouter les chansons populaires de l’époque. À l’intérieur, elle organisa une salle pour faire danser les jeunes du village. Le curé passait devant la porte mais sans jamais entrer voir ce qui se passait ; il n’a jamais eu à redire, Rosa était là jusqu’à la fermeture pour veiller au grain.
Le dimanche après la messe, les gens arrivaient en voiture à cheval pour s’acheter de la crème glacée.
L’été il y avait des parties de baseball qui étaient très populaires. Parfois des joueurs de baseball universitaire américains venaient jouer au village. La partie terminée, ils se cherchaient un endroit pour manger et danser et ils arrivaient en autobus envahissant la place. Ces jeunes gens étaient très polis et bien heureux de trouver un endroit pareil. Tino prenait soin d’avoir toujours les disques du Hit Parade qu’elle commandait par la poste dans des magasins de musique de Montréal ; les chansons de l’époque que l’on entendait le plus étaient surtout celles de Frank Sinatra, Perry Como et Tino Rossi.
Comme les joueurs de baseball parlaient anglais, Rosa gardait un dictionnaire près d’elle et leur répondait gentiment. Ils aimaient bien notre grand-mère.
Les jeunes gens du village qui assistaient aux parties faisaient de la publicité pour le Café ; Tino suivait le déroulement de la partie en regardant au loin avec ses jumelles sur le cadran du pointage. Si la partie achevait, alors elles et ses sœurs se préparaient à recevoir tout ce beau monde en faisant des sandwiches.
Le restaurant a été ouvert de mai 1947 à 1952 l’année du départ de la famille pour Montréal. Par la suite, la famille de Charlemagne (mon père) prit la relève et transforma le Café Tino en petite épicerie que l’on pourrait appeler aujourd’hui un dépanneur. Ce furent de très belles années pour la famille et pour pas mal de jeunes gens de Rivière-Bleue.
Le jaseur des rivières
(Louise Gagnon)