Parc Simard

Évariste Simard (1892-1978) était originaire de Notre-Dame-du-Lac et scieur de lattes de son métier. Il arrive à Rivière-Bleue au printemps 1917 et il y construit sa maison, actuellement le 27 St-Joseph N.  À l’automne il épouse Marie-Anna Ouellet d’Edmundston ; ils auront 9 enfants.

Bientôt la maison d’Évariste et de Marie-Anna, se transforme en magasin général. À  cette activité s’ajoutera le commerce des fourrures et du bois. En 1925, Évariste devient actionnaire puis président de la Compagnie électrique de Rivière-Bleue, laquelle assure aux résidents de Notre Dame-du-Lac à St-Éleuthère les services téléphoniques. Qui ne se rappelle le central logé au 1er étage de la maison Simard ?

Montcalm Simard (1921-2011), après avoir terminé des études en commerce, revient à Rivière-Bleue et, avec son père, construit un moulin à scie en 1947. Suivra un garage pour les réparations des véhicules de l’entreprise et, dès l’année suivante, la vente  de camions et d’automobiles. En 1948 il épouse Cécile Cossette de Sully; quatre enfants feront la joie de leur foyer.

Sous l’impulsion de Montcalm leurs entreprises forestières prennent de l’expansion jusque dans le nord du Maine; il signe en 1952 avec GM une convention pour la vente des Chevrolet et Oldsmobile. Dans les années 1950 à 1970 le moulin et le garage Simard seront un employeur important de Rivière-Bleue.

Cependant, toutes ces activités n’empêcheront pas Montcalm de participer à la vie collective : il sera maire de Rivière-Bleue pendant 15 ans, préfet de comté et député du Témiscouata de 1966 à 1973, sans oublier les nombreuses associations dont il sera membre.

Jean-Maurice Simard (1931-2001) commence sa profession de comptable agréé à Rivière-Bleue, puis il étend ses activités au Nouveau-Brunswick où il se fixera définitivement. Il y fera une carrière politique remarquable, d’abord député en 1970, puis Ministre des Finances, président du Conseil du trésor, Ministre de la réforme de la fonction publique et finalement Sénateur à Ottawa.

Deux de ses actions politiques sont particulièrement à souligner : il a été le père de la Loi sur l’égalité des communautés de langue officielle et il a fondé Le Jardin botanique du Nouveau-Brunswick.

En 2008, afin d’honorer cette famille  de bâtisseurs et d’entrepreneurs qui a contribué aux mieux-être de tous, la Municipalité de Rivière-Bleue a décidé d’ériger un parc sur le terrain donné par Montcalm Simard à la communauté et de nommer ce parc : Parc Simard

*Légendes sous les photos
1 Montcalm, Évariste et Jean-Maurice
2Le magasin général en 1927
3 Le moulin à scie en 1975

Ce texte provient de la série « Et si on parlait de toponymie… » publiée dans le Journal Entre Deux Lacs. Elle permet de savoir qui sont ces personnalités dont les noms ont été donnés aux parcs, aux bâtiments, aux rues et aux cantons.

La fonderie B.C.L.

Quand, me promenant, je passe devant ASN Machineries, il me vient des souvenirs d’enfance à la vue du bâtiment qui servait autrefois à la fabrication des portes et fenêtres, aujourd’hui incorporé dans l’ensemble des installations. Je revois le bureau de grand-père Beaulieu, tante Thérèse tapant sur sa Underwood, l’atelier qui fleurait bon les copeaux de bois et, dans le bâtiment principal, où je devais impérativement demeurer près de la porte, des ombres noires armées de longues perches terminées de  »pots », qui faisaient le va-et-vient de la lave rouge aux formes étalées sur le plancher.
Je suis partie à la recherche de ces  »ombres noires ». Alphonse, Ghislain, Murielle, Jeannine, Jean-Pierre, Michel m’ont raconté. Si leurs souvenirs sont fidèles, ma compréhension a pu faire défaut.
La fonderie faisait principalement des tuyaux de fonte de 2 et 4 pouces, des coudes de 45 et de 90 degrés, des Y 4-4 ou 4-2, et, accessoirement, des poêles (truies), des chaudrons, des ancres de bateaux et autres objets.

Les ouvriers étaient au poste de 6 h ou 7 h à 18 h, 6 jours/semaine. Ceux qui étaient payés à la pièce venaient souvent le soir préparer le matériel pour le lendemain afin de pouvoir couler le maximum de morceaux, ou bien encore pour réparer quelques petits défauts afin que la pièce ne soit pas rejetée. Le prix : 10, 20, 25, 30 cents selon la pièce ; le salaire des journaliers : de 30$ à 35$ la semaine.

On utilisait de la vieille fonte, ferraille en tout genre accumulée derrière le bâtiment ; elle arrivait par camions plusieurs fois par semaine. De plus, Gérard Nadeau, sa charrette et son cheval King écumaient la région à la recherche de détritus de métaux. Les journaliers assignés à la préparation de la fonte et au four devaient casser à la masse les plus gros objets, tels les moteurs, en morceaux manipulables. On ajoutait à ces résidus de la fonte neuve, en proportion suffisante pour assurer une bonne qualité au produit. Un chariot, par un convoyeur, l’emmenait tout en haut du four d’où elle était déversée au besoin. Ce four, fait de tôle et de brique, était posé sur pilotis et il était chauffé au charbon et au bois ; on en tapissait le fond et allumait le tout à l’aide d’une mèche par un trou pratiqué dans le bas du four que l’on refermait à l’aide d’une motte de glaise et d’une trappe. Un conduit circulaire entourait le four ; il y circulait l’air nécessaire à la combustion, combustion que l’on pouvait accélérer à l’aide d’un ventilateur. Lorsque le four avait atteint le degré nécessaire, on y déversait la fonte.

Il fallait  »glaiser » ce four pour préserver la brique. On recommençait cette opération à chaque fournée. Deux trappes situées à la base du four permettaient de le vider des détritus, puis on recouvrait l’intérieur de glaise, une glaise qu’on charroyait chaudière à chaudière de la butte au bord de la rivière. À Rivière-Bleue, ce  »glaisage » se faisait assez facilement car le four état grand, l’ouvrier pouvait y entrer et travailler debout. Ce qui n’était pas le cas dans les installations de Ste-Croix ; là, on renversait le four sur le côté pour le nettoyer et le glaiser, puis on le remettait debout.
La coulée se faisait vers les 16 heures. Un trou était pratiqué dans le four et par là la fonte liquide et brûlante coulait sur une dalle. Armés de longues perches les ouvriers remplissaient leur pot (bien prononcer le t) de lave et la déversaient délicatement dans les petits trous pratiqués au-dessus des moules. Si une goutte tombait sur le plancher cela rejaillissait en étincelles «qui éclataient comme des feux d’artifice». Les bras étaient souvent brûlés par ces étincelles et les habits constamment troués ; on imagine la détresse des épouses qui n’en finissaient pas de rapiécer. Si la coulée était insuffisante, on bouchait le trou, ajoutait de la fonte, attendait un peu et c’était reparti.

Les moules étaient faits de fonte, très précieux et en deux parties. On plaçait chaque demie dans des boîtes de bois et on les tassait, dessus, dessous avec du sable mouillé auquel était ajouté un produit qui assurait la prise. Une grille permettait de garder la portion concave de sable en place. On retirait le moule ; ensuite, lentement, délicatement, on renversait une moitié sur l’autre, puis on maintenait les 2 boîtes ensemble avec des crochets de métal. Un petit tuyau permettait de verser la fonte en fusion. Il faisait chaud, chaud, très chaud !

Un fois démoulées, les pièces devaient être nettoyées du sable, les coutures meulées puis trempées dans un tonneau de peinture noire. Le sable était récupéré chaque soir, nettoyé,  »piqué », retourné trois fois à la pelle, puis arrosé pour qu’il soit humide et prêt pour le lendemain.

Ont travaillé:

  • Adrien Bossé : à la confection des boîtes et aussi contremaître
  • St-Georges Gagné : à la préparation des moules
  • Marcel Saucier : à la fonte et au four (19 ans)
  • Paul Dubé : à la préparation du four
  • Philippe Tremblay : à l’approvisionnement du four en fonte et en charbon
  • Aldège Bossé : au coulage et au moulage
  • Alphonse Daudelin : au dépoussiérage des pièces (13 ans), et au moulage
  • Ghislain Plourde (15 ans) : au meulage
  • et aussi : Gérard Nadeau, René, Philippe et Yvon Bossé, Noël Landry, Amédée Ouellet, Armand Lebrun, Paul Lévesque, Albert Daudelin, Pat Boutin, Eddy Plourde, Léo Gagnon, Wilfrid Perrault, Joseph Poirier,  »P’tit Père » Fournier et Cantin dont le frère Edmond venait jouer de la guitare. Et quelques autres sans doute.

Deux équipes d’hommes, celle du soir s’occupant du démoulage et de la préparation du sable. Un travail dur, pénible, mais un travail.

En 1953 la B.C.L arrête ses opérations. La Firme Biron de Ste-Croix de Lotbinière opère la fonderie quelques années avant de transporter les installations à Ste-Croix. Et pour cause : les ouvriers qui les y ont suivi s’entendent à dire que celles de Rivière-Bleue étaient supérieures. Certains revinrent au village après quelques années, dont les Daudelin et les Gagné, d’autres y persévérèrent comme Aldège Bossé, lequel déménagea par la suite à Montmagny et y travailla jusqu’à sa retraite. Joseph Poirier y demeura jusqu’à son décès.

Puis, j’ai fouillé des documents de famille et voici la petite histoire économique de la B.C.L. ou, du moins, ce que j’en ai compris.

Le 8 mai 1947, La fonderie B.C.L. Limitée obtient ses lettres patentes pour fondre, fabriquer, commercer toutes sortes de métaux et pour fabriquer, commercer tous produits de bois. C’est une société au capital action de 39 000$ (390 actions de 100$) dont 150 en actions ordinaires versées au fond de l’entreprise et réparties entre J.A. Beaulieu (46) J.A. Chamberland (31), Raoul Landry (22), Rév. J.C. Hudon (22), Louis Morin (16) et Yvon Chamberland (13). Alphonse Beaulieu est nommé secrétaire-trésorier et directeur général de l’entreprise. En 1952, l’entreprise n’ayant pu rembourser à ses actionnaires une avance de 48 000$ plus les intérêts, une nouvelle émission de 990 actions est obtenue ce qui permet de convertir en capital action ces emprunts.

La construction des immeubles a coûté 18 907$, la machinerie 37 728$, le mobilier 33$ sur un terrain de 2 600$. Sur 5 ans d’exploitation les salaires versés aux ouvriers ont totalisé 108 149$ avec une pointe en 1951 à 25 808$. Une seule année, 1951 montre un bénéfice net, ce qui amena les actionnaires, le 20 septembre 1953, à «discontinuer complètement toute activité de production» à partir du 1er octobre. Seule Thérèse Beaulieu, secrétaire et comptable, restera à l’emploi de la compagnie, avec les mêmes pouvoirs que le secrétaire-gérant, mais à son salaire habituel, soit 15$/semaine.

Le 1er avril 1954 les actionnaires décident de vendre l’industrie et tout ce qui lui appartient. Ils acceptent ce même jour une proposition de Paul Biron de Ste-Croix de Lotbinière au montant de 25 000$ pour des actifs évalués à 56 937$! Proposition annulée le 24 avril suivie de la résolution de vendre en bloc ses biens meubles et immeubles à la Société Industrielle de Rivière-Bleue (20 actionnaires) pour le même montant. Le Dr Marcel Bouffard, président et Mlle Gabrielle Bérubé, secrétaire ont signé le contrat d’achat au nom de la société devant le notaire Langlais. Les dettes payées il restera aux actionnaires de la B.C.L. 6 903.33$ à se partager au prorata de leur souscription. Étant donné qu’au moment de la vente le montant total de leurs actions étaient de 46 000$, on peut voir qu’il n’y a pas eu lieu là de grand enrichissement.

Petit mystère : comment est-on passé de la Société Industrielle de Rivière-Bleue à la famille Biron qui, comme chacun le sait, a opéré jusqu’en 1957 avant de transporter les installations à Ste-Croix ?

Le jaseur des rivières
(Laurette Beaulieu)

Vivre de la forêt

Un pionnier, John Morrison

Dès 1858,  John Morrison, originaire du Nouveau-Brunswick et d’ascendance écossaise, s’installe près du Beau Lac pour y faire chantier et cultiver un lot. Comme plusieurs de son époque, il concilie le travail forestier et le travail de la ferme. Ce lot appartiendra plus tard à Edmond O’Leary. Le bois coupé dans la région est alors acheminé vers des scieries du côté du Nouveau-Brunswick.

Les premiers moulins de Rivière-Bleue

Le lac Beau, le lac Long, les rivières Saint-François et Bleue et même le ruisseau de l’École sont propices aux moulins à scie. À partir de 1908, ils poussent comme des champignons dans la région. La première scierie de Rivière-Bleue, le moulin Morneau, fonctionne dès 1908. L’année suivante, Augustin Quenneville installe le premier moulin à vapeur de la région.

Avec l’arrivée du chemin de fer, l’industrie forestière prend son plein essor. Principal pilier de l’économie, elle devient le gagne-pain de nombreuses familles.

Le siècle des moulins

En 1912, au moulin Aubut au lac Long, 16 employés fabriquent des traverses de chemin de fer qui sont ensuite acheminées vers Boston.

En 1913, la plus importante industrie du Témiscouata s’implante : la Blue River Lumber Co. Ltd., embauchant une centaine d’employés. En 1930, elle vend ses propriétés et ses limites forestières à la Fraser Realties, pendant que la D’Auteuil Lumber Co. s’associe à Pierre Landry Ltée. En 1945, le moulin Simard s’établit près du village. Aujourd’hui, une seule entreprise subsiste: le groupe NBG.

Au feu !

En 1933, le moulin Fraser brûle ce qui entraîne la destruction d’une partie du village. Il faut attendre le wagon-pompe du Canadien National basé à Edmundston pour maîtriser l’incendie. Une fois reconstruit, le moulin est vendu à Beaupré-Durette-Guérette en 1940, puis démantelé et réinstallé à Estcourt.

Des travailleurs outillés

Au début du 20e siècle, la vie de chantier est difficile. Les hommes s’absentent de leur foyer pendant des mois. Les camps sont rudimentaires et le confort, inexistant. L’outillage est manuel : la hache, le godendard et le bucksaw sont maniés par des hommes forts. Les billes sont tirées par des chevaux. Au printemps, c’est la drave !

L’industrie du sciage par contre est très tôt mécanisée. Pour le bardeau, on utilise encore aujourd’hui les méthodes de sciage et d’empaquetage d’antan.

La paye du forestier

Les travailleurs forestiers sont payés à la tâche. En 1927, un scieur de bardeaux reçoit 0,22 $ par toise (6 pieds) et un « buncheux » reçoit 0,14 $.

Léo Dubé et Ernest Thériault, qui scient 120 toises, touchent à l’époque 26,40 $ par semaine. Victor Saint-Onge et Napoléon Montgrain, qui « bunchent » 123 toises, reçoivent 17,22 $.

En 1989, le scieur de bardeaux perçoit 5,05 $ par toise sciée et l’empaqueteur 3,60 $ par toise.

L’indispensable agriculture

Des « platins » fertiles pour une agriculture de subsistance

Au début de Rivière-Bleue, l’agriculture sert à subvenir aux besoins quotidiens. Dans les rangs, chaque lot comprend sa ferme. La terre est bonne : sur les 25 000 acres du territoire, seules 800 ne sont pas cultivables. La région est surnommée « la petite Floride » en raison des « platins » de terres alluviales fertiles et du microclimat. On y cultive du blé, de l’orge, de l’avoine; on y élève des bovins, des porcs, des moutons et des poules. Près du pont, une beurrerie transforme le lait.

Le commerce des chevaux

L’avènement du chemin de fer favorise l’important commerce de chevaux de trait de J.A. Chamberland et J.A. Beaulieu. Ces animaux arrivent par wagons entiers et sont reconduits dans les fermes ou les chantiers. En retour, on expédie porcs et veaux, billes de bois, traverses de voie ferrée et poteaux électriques.

L’âge d’or

À l’initiative du curé Philippe Belzile, l’agronome Josephat Bilodeau s’installe en 1939 à Rivière-Bleue. Il visite les agriculteurs, les instruit des nouveautés et organise des journées agricoles dont naîtront le Cercle agricole, la Beurrerie coopérative, le Cercle des jeunes agriculteurs et l’UCC, en 1941.

La pierre à chaux

C’est à Octave Lévesque que l’on doit la découverte d’un gisement de pierres à chaux dans la région. Une association se forme alors, La Carrière du Lac Long Enr., pour exploiter cette chaux à des fins agricoles. L’épandage de chaux sur les champs permet d’augmenter le pH des sols trop acides. En plus, la chaux aide les cultures à mieux tolérer la sécheresse et l’humidité, et augmente l’efficacité des herbicides. L’association exploite la carrière à chaux et les agriculteurs en profitent pour améliorer le rendement de leurs terres.

Aujourd’hui, la production de pierre concassée a remplacé celle de la chaux agricole. La carrière est exploitée par l’entreprise Excavation Tanguay Inc.

Perte de terres

Avec le temps, le nombre d’exploitations et de terres agricoles a diminué. Ainsi, on dénombre 90 fermes dans le secteur de Rivière-Bleue en 1961 et seulement 7 en 1987. La superficie des terres passe de 9 991 acres en 1971 à 1 575 en 1987. Le mouvement d’exode rural qui s’étend au Québec frappe durement cette localité agroforestière.

La fonderie BCL

En 1947, trois hommes d’affaires de Rivière-Bleue, Alphonse Beaulieu, Joseph Chamberland et Raoul Landry, s’associent pour former la Fonderie BCL. Sise sur l’emplacement du moulin Fraser, l’entreprise emploie une vingtaine d’ouvriers qui produisent des tuyaux de fonte tandis que quelques autres fabriquent des portes et fenêtres. En 1953, la fonderie est vendue à la firme Biron, puis démantelée en 1957. Au même endroit se succèderont l’usine de bardeaux de cèdre des frères Pelletier et l’Atelier de soudure A. Nadeau Inc. toujours en activité.