Albertine Collin et son époux, Alfred Lévesque

Alfred Lévesque est né le 22 janvier 1893 à Frenchville (Maine). Il est le fils de Damase Lévesque et d’Élise Cyr. Damase est un boulanger reconnu pour ses qualités de commerçant. En 1915, il vient au Québec pour y établir ses fils. Il saisit toutes les opportunités d’affaires qu’offre Rivière-Bleue, une jeune communauté en pleine expansion. Il y construit une maison pour son fils Arthur. À la suite d’un malheureux accident, celui-ci se noie au Beau Lac le 17 juillet 1916. La maison reviendra donc à Alfred qui épouse, le 25 septembre 1916, Albertine Collin, une jeune fille de Saint-Hilaire (N.-B.). C’est probablement à cette époque qu’Alfred fait la connaissance de Maxime Albert, un bootlegger notoire, avec qui il débute ses activités illicites.

À cette époque les États-Unis et toutes les provinces canadiennes avaient signé la prohibition de l’alcool pour la période s’étalant entre 1920 et 1933. Toutes, sauf…le Québec. Au Québec on pouvait acheter, vendre et boire de l’alcool. La situation était propice pour tous les villages frontières avec le Maine et le Nouveau-Brunswick de se livrer à ce commerce lucratif.

Le couple Lévesque s’établit donc à Rivière-Bleue dans une résidence luxueuse pour l’époque et située tout près de la gare. Ils y opèrent un restaurant et une société d’embouteillage de liqueurs douces servant de camouflage au trafic d’alcool. La façon dont Alfred gère ses affaires officielles et «non officielles» démontre un sens inné de l’administration.

Albertine, pour sa part, est décrite comme une dame d’une grande générosité envers les pauvres, les missions et autres bonnes œuvres. Ils n’auront pas d’enfants, mais ils laisseront une marque profonde dans l’histoire de Rivière-Bleue.

Le couple quitte Rivière-Bleue après quelques années. Alfred dirigeait alors le plus grand réseau de contrebande de l’Est du Québec. Après plusieurs saisies spectaculaires et de multiples tentatives d’arrestation, il se livre finalement à la justice en décembre 1933.

Bien qu’Alfred ait dirigé un imposant réseau de contrebande, il n’était pas le seul bootlegger de la famille. Ses frères Antoine, O’Neil et Émile étaient aussi impliqués, au grand désarroi de leur père. Émile a racheté la maison de Rivière-Bleue en 1928. Il venait tout juste d’épouser Victoria Soucy, une employée de son frère. Entrepreneurs dans l’âme, Émile et Victoria ont opéré plusieurs commerces (restaurant, magasin) en plus de s’occuper de la contrebande d’alcool et de cigarettes dans le secteur, se dissociant du réseau d’Alfred. Il faut dire qu’ils avaient acquis de l’expérience en travaillant pour celui-ci.

Alfred est décédé le 17 juillet 1951 à l’âge de 58 ans et 6 mois d’un infarctus du myocarde. À ce moment, il avait cessé le trafic d’alcool pour se concentrer sur ses entreprises légales à Edmundston.

(Marie-Jo Cormier)